Pour que la voix véritable s’exprime…

Vue de l'atelier du peintre Ludovic Huet

« Comme le sport, l’art est pris dans le terrible réseau de l’argent. Le pire, c’est que l’art contemporain officiel se fait passer pour l’avant-garde et exige des artistes une pseudo-originalité. Mais c’est le monde qui est original et originel, c’est lui qui inspire et qui vivifie. » Henri Bauchau

 

Enfant, je suis entré en art par la copie d’œuvres de maîtres dans de modestes fascicules encyclopédiques et par le dessin sur le motif. Pour cette dernière pratique, la chose m’était facile, j’ai grandi dans un environnement rural et préservé en partie, dans les années 90, des incursions disgracieuses du modernisme.

Puis, j’ai abandonné cette peinture inspirée du réel. J’avais 15 ans et j’entrais en école d’arts appliqués. Une voix voulait sortir de moi pour laquelle il me semblait essentiel de trouver un autre vecteur. Ma rencontre avec les surréalistes n’est pas étrangère au fait que j’ai choisi ce détachement de la chose vue pour l’intérêt à la chose rêvée. Cependant, ce sont les chemins du symbolisme – du préraphaélisme, plus précisément – qui influencèrent principalement mes premières œuvres. Subtile essence de rêves d’une vie antérieure.

"Le flot d'Amers Regrets" - Oeuvre de Ludovic Huet - L. Huet 2006 Copyright
« Le flot d’Amers Regrets » – Acrylique sur toile – 2006 – L.Huet copyright

Cela ne pouvait convenir entièrement ! La voix était entendue, mais mal comprise. L’ « enveloppe » prenait le pas sur le message. Je faisais beau et c’est ce qui dominait au regard du public quand j’aurais voulu qu’il lise la parole, en incise dans les tableaux. Période de crise. J’ai pensé à cette époque, que la forme devait se montrer plus originale et plus personnelle, pour atteindre pleinement son objectif d’éloquence. J’élaborai un style dans lequel les courants artistiques du début du vingtième siècle eurent la plus belle part d’influence. Mais cette étrange part de moi, venant de je ne sais quel âge, ne me quittait pas. Il y eut beaucoup de médiéval et beaucoup de romantisme durant cette étape.

Surtout, plus que jamais, je me sentais insatisfait de laisser de côté le véritable « métier » de peintre, et de me détacher toujours un peu plus du vécu, du réel. Selon moi, le peintre, tout comme le poète, doit appartenir pleinement au monde, entrer en résonance avec lui en permanence. Ce qui est beau et douloureux, tout à la fois. Car pour accéder à la beauté du monde, il faut appréhender la laideur qui marche à ses côtés. Peut-être ai-je voulu fuir cette douleur, en proie moi-même à de pénibles circonstances de vie ? Peut-être ai-je manqué d’humilité comme beaucoup d’artistes en manquent à leurs débuts ? Ou au contraire ai-je fait preuve de trop d’intransigeance ?

"Tant d'oiseaux de bonheur" - Oeuvre de Ludovic Huet - L. Huet 2011 Copyright
« Tant d’oiseaux de bonheur » – Acrylique sur toile – 2011 – L.Huet copyright

Qu’importe ! Mon passage par l’art moderne m’a donné à expérimenter complètement le phénomène décrit par Bauchau en préambule. Et j’adhère à sa conception. Complètement. Ce n’est pas une parole pour excuser une quelconque renonciation, et qui sait de quoi demain sera fait ; j’ai changé tant de fois la course de mon art que je peux m’attendre à tout. Mais je vieillis, et je crois à la sagesse. Je crois que mon besoin de retrouver le mode représentatif symbolise un besoin de réconciliation avec le vivant, avant de disparaître, ou que tout cela disparaisse.

Quels que furent mes « styles », toujours m’habitaient les images chéries du fleuve baignant les pieds de mon village aux maisons décrépites, des vols de corbeaux lézardant les grands cieux entêtés par-dessus l’infinitude ennuyeuse des champs, des bosquets d’où me semblaient pouvoir surgir un cavalier au trousse d’une harde de cerfs ou de sangliers… Avec la brisure du vent ou le murmure des eaux, seulement, dans le silence des plaines et des berges.

Bien plus fidèlement que par nul artifice, peindre ce silence est faire entendre ma voix intérieure.

 

3 commentaires sur “Pour que la voix véritable s’exprime…

  1. L’être change l’âge change, la vision des choses et du monde change, « l’art, la peinture, l’écriture permettent de retranscrire de partager de remplir les cœurs de tous ces sentiments. La beauté il y en a partout en ce monde à qui sait la chercher. Ces œuvres peintent ou cette literature nous font rêver.

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